ASSOCIATION TROB’ART PRODUCTIONS

L’association TROB’ART Productions a pour but de développer connaissance et savoir de l’art des troubadours et plus largement de la poésie chantée en Méditerranée dans ses aspects artistiques occitans, musique et poésie, créations musicales actuelles.


Edition Tròba Vox. Distribution Abeille Musique
Tròba Vox est un label discographique indépendant consacré aux productions de Troubadours Art Ensemble mais également aux chants et musiques de création occitane en Méditerranée où s’y côtoient musique et poésie de tradition et de création.

 

 

A PROPOS DES TROUBADOURS XII° et XIII° siècles
© ® Gérard Zuchetto (« Terre des troubadours » et «  le livre d’or des troubadours » éditions de Paris, 1996 – 1998)

TROB’ART CONCEPT

« Le monde des troubadours nous apparaît à la fois lointain, merveilleux et hermétique. Les huit cents ans qui nous séparent du Moyen Age ont créé toutes sortes de légendes et de clichés et, finalement, folklorisé des poètes-chanteurs, maîtres dans l'art de la poésie, et inventeurs, à plus d'un titre, de la littérature moderne.
Dès le xie siècle, la poésie de trobar jaillit sous la plume de Guilhem de Poitiers, le premier et l'initiateur, comme un nouveau printemps de joie, d'amour et de jeunesse, sans complexe, dans l'éxubérance et « en plana lenga romana »: l'occitan!
Cette poésie-là a de l'Antiquité dans l'âme, elle se chante et se déclame sur une composition métrique rigoureuse et, qui plus est, se vante de modulationibus. Les mélodies ornent les textes de toute la musicalité du chant. Cette nouvelle poésie, qui fait un pied de nez au latin désuet des actes administratifs et de la prière, s'affirme comme étant l'unique et la meilleure, forgée de motz de valor, mots de valeur, composée dans l'art d'amor et l'art de trobar, poésie libre, qui s'organise et se donne des écoles.
Les hauts lieux du trobar, sont en Limousin, Aquitaine, Languedoc, Auvergne, Provence, Cata-logne et nord de l'Italie. L'art des chantadors se structure en genres: cansos, sirventes, tensos, planhs ou chants religieux… et en courants stylistiques: trobar clus, cobert, fermé, trobar car, clar, raffiné. Les inventeurs, trobadors, sont au centre d'une réflexion sociale, ils sont le cœur battant –au rythme de l'amour dit courtois– d'une société en pleine mutation, en déséquilibre avec l'ordre religieux de la lointaine Rome et peu concernée par les affaires du petit royaume de France.
Les seigneurs du Midi, riches de leurs domaines, riches d'une économie en pleine expansion, riches de leurs alliances, pavoisent et laissent libre cours aux divertissements les plus fous, aux largesses les plus extravagantes, aux conquêtes les plus osées. C'est dans ce contexte que les servants de la cour, les sirvens, jouent l'invention à coups de rimes. Les chansons se composent au gré de l'inspiration, et s'envolent vers leurs dédicataires, les femmes, mariées et nobles, les domnas, à la fois prétexte et sujet principal.
Mais qu'en savons-nous? Cette fin'amor, l'amour raffiné, l'amour plus que l'amour, cette quête d'absolu, d'amour-amitié, ne cache-t-elle pas une autre ambition? Les indications sont différentes selon les poètes. Lisons entre les lignes. Tout ne peut être compris. Nous savons que les trobadors, ou leurs interprètes, les joglars, parcourent l'Europe du nord au sud et chantent, devant un public connaisseur, des compositions forgées avec métier, paroles et musiques, sur de belles razos, de beaux thèmes, des récits fantastiques, des gaps, qui portent dans les cours une idée nouvelle.
Education sentimentale, artistique et culturelle: les troubadours se mêlent de tout, ouvertement : ils critiquent les rois, aiment leurs dames, dénoncent l'Inquisition, participent aux croisades en Orient ou effectuent des pèlerinages à Compostelle. Leurs chansons sont au cœur de la vie sociale et la vie sociale est au cœur de leurs chants.
Quatre grands manuscrits, copiés à partir du xiiie siècle, nous donnent à découvrir plus de deux cents ans de trobar, poèmes retranscrits à la plume d'oie et quelquefois pourvus de mélodies ou finement ornés d'enluminures colorées. Peut-on vraiment comprendre les mots du trobar quand tant de mains les ont copiés, recopiés et déformés? Une certaine harmonisation des graphies des textes, loin d'être une standardisation, nous a semblé nécessaire, pour permettre au lecteur d'aujourd'hui de reconnaître les motz de trobar et de pénétrer un jeu poétique qui s'est étalé sur deux siècles d'intertextualité. Mais laissons-nous rêver en lisant et en écoutant le chant de ces inventeurs talentueux. Au-delà des mots et de l'histoire incertaine, jaillit, entre les lignes, la personnalité artistique de chaque troubadour, auquel nous devons rendre la parole.
Du gai trobar de Bernart de Ventadorn au gai saber de la Sobregaia Companhia de Tolosa, la lyrique de trobar est art de vivre, de science et de savoir, d'habileté et d'invention, de maestria. Car la maîtrise et le talent de ces doctors de trobar sont une affaire de cœur, d'amour et d'esprit! N'est pas troubadour qui veut. Vers e vers. A la fois vers et vrai. Une poésie entre vérité et mensonge. L'équivoque est facile, l'art est difficile.

Trobadors, joglars, chantadors
Trobadors, ils trouvent mots et musique. Joglars, ils jonglent avec les chansons. Chantadors, ils les chantent.

Dans la langue d'oc, trobar signifie «trouver. Trobaire ou trobador désignent le «trouveur. Tropare, en latin, signifie faire des tropes (syllabes correspondant à une mélodie de l'Alleluia); tropos, en grec, indique plutôt «la manière d'être » .
Le «trouveur » est à la fois créateur, compositeur, jongleur et chanteur de poésie et musique: le trobar. Moine, seigneur ou roturier, professionnel ou amateur, il est trobador par talent ou par métier, connaisseur de belles lettres et inventeur de poésie, chercheur, sculpteur ou peintre des mots. Il défend son art en public, devant les confrères, les initiés et les dames, et il tend à se dépasser et à s'élever. Cercamon, l'un des premiers, emploie le terme en l'associant à une notion de trouble-fête dans les relations amoureuses entre mari, épouse et amant :
Ist trobador entre ver e mentir
afolon drutz e molhers et espos
e van dizen qu'amors vai en biais
per que-l marit esdevenon gilos
e domnas son intradas en pantais
cui mout vol om escoutar et auzir.

Ces troubadours, entre vérité et mensonge
affolent les amants, les femmes et les époux
et vont, disant qu'amour va de travers
c'est pourquoi les maris deviennent jaloux
et les dames sont dans l'angoisse
pour qui veut trop les écouter et les entendre.

Car les chansons des poètes courtois sont de véritables discours qui dérangent parce qu'ils posent aux amants des questions de morale amoureuse en prônant des comportements nouveaux.
A la cour de son protecteur, le trobaire jouit d'un certain statut. Fût-il le serviteur d'un grand roi, le poète ne saurait accepter d'être dérangé de son art par le roi lui-même, ainsi que l'écrit Cerverí de Girona :
E tenria lo rei per enoios
si-m sonava quan faz tan dous jornal
ne-m tocava qu'eu no n'ai plazer d'al
ans fora mortz si-l pensamen no fos.
E dic a cels qui-m dizon : que-us pessatz
en Cerverí ? Aiam qualque solatz
lassatz m'estar senher que coblas fatz.

Et je tiendrais le roi pour ennuyeux, s'il m'appelait quand je fais une si belle journée [de travail], ou s'il me faisait demander alors que je n'ai pas plaisir de le voir, car je mourrais si je n'avais pas la méditation (concentration intellectuelle). Et je dis à ceux qui m'interrogent: «Qu'en pensez-vous Cerverí, avons-nous quelque divertissement? – Laissez-moi donc en paix, messire, je compose des couplets!»

Le trobar est un art élaboré, une composition musicale et poétique recherchée qui s'exprime dans le chantar. C'est une maestria qui tient de la subtile alchimie d'enchevêtrer mots et mélodies, entrebescar motz e sos, sur un bon thème, une bonne razo. Cette maestria est ainsi louée par les auteurs eux-mêmes.
Bernart Marti:
De far sos novels e fres
so es bela maestria
e qui bels motz lass'e lia
de bel'art s'es entremes.

Faire des mélodies nouvelles et fraîches
c'est une belle maîtrise
et celui qui sait lacer et lier de belles paroles
s'occupe d'un bel art. 

Arnaut Daniel:
Sur cet air gracieux et léger, je fais des paroles et je les rabote et les dole, et elles seront exactes et sûres quand j'y aurai passé la lime…
Peire Vidal:
Je sais si aisément ajuster et lacer mots et mélodies, qu'en fait de riche et noble trobar, personne ne m'arrive au talon…
Cerverí de Girona:
C'est en dormant que j'ai commencé ce chant, aussi il n'est pas écrit avec des mots neufs ou complexes et je n'ai corrigé ni la mélodie ni les expressions.

L'invention commence bien avant l'écriture qui fixera, par la main d'un clerc, la canso de manière définitive avec une recherche calligraphique soignée: «Bon est le vers, et aussi le chanteur! et il méritera un bon auditeur! Par Dieu, joli clerc, tu dois me le mettre en écriture! , s'exclame Arnaut de Titinhac. Le troubadour est si fier de sa composition que sa mise en écriture lui semble indispensable.
Le rythme de création de chansons devait varier d'un auteur à l'autre sans atteindre une production importante. Pour Bernart Marti :
E si fatz vers tota via
en l'an un o dos o tres. 

Je fais sans cesse des vers (chansons)
dans l'année, un, deux ou trois.

Plaire aux dames et les conquérir avec des mots: c'est dans ce but, plus ou moins avoué que le poète s'emploie à inventer les vers de la séduction avec les sous-entendus les plus imagés. Séduire, aimer et « trouver », tout semble écrit pour qui sait lire entre les lignes et comprendre entre les mots. Ainsi chante Bernart Marti pour Na Dezirada :
C'aissi vauc entrebescan
os motz e-l so afinan
lengu'entrebescada
es en la baizada. 

Ainsi je vais enchevêtrant
les mots et affinant les mélodies
comme la langue est enlacée
dans le baiser.

Le secret du pouvoir des mots, Raimbaut d'Orange le dévoile aux amoureux : « Aussi j'enseignerai à aimer aux autres bons amoureux ; et s'ils en croient mon enseignement, je leur ferai faire rapidement toutes les conquêtes qu'ils voudront. »

La domna est l'inspiratrice et le cœur battant du trobar, mais si le poète semble jouer l'homme lige et se soumettre à ses désirs, l'artiste recherche la perfection :
Non volh voler volatge
que-m volv e-m vir mas volontatz
mas lai on mos vols es volatz…
Je ne veux pas une volonté volage
qui puisse incliner et détourner mes vils désirs
sauf celle vers qui mes désirs se sont envolés…

chante Peire Cardenal, qui joue l'amour au jeu de mots.

« Accueillez jongleurs et poètes qui bavardent sur amour et chantent vers et mélodies. Au moins montrez-leur bon visage car même si vous ne leur donnez rien ils feront connaître votre nom au loin… , dit Garin lo Brun, dans son ensenhamen.
Les joglars ont le rôle d'interprètes. Ils apprennent de mémoire paroles et musique (ou peut-être s'aident-ils de bouts de parchemin, de breu de pergamin) et vont dans les cours porter, par leur voix, les poèmes inventés par les troubadours.
Les joglars (du bas latin jocularis, dérivé de jocus : jeu) sont danseurs, bateleurs, montreurs d'animaux, cracheurs de feu… Ceux qui côtoient les trobaires, sont plutôt musiciens, interprètes et mélodistes eux-mêmes. De basse condition dans la société nobiliaire, le joglar a la double ambition de se faire connaître et reconnaître, à la fois par ses confrères poètes et par la noblesse des cours où il chante. Aux xie et xiie siècles, les noms de joglar et trobaire désignent le même chanteur et « trouveur .
Gaucelm Faidit se fait joglar après un mauvais coup du sort au jeu et part sur les routes chercher fortune avec ses chansons. Guilhem Magret, le jongleur du Viennois, partage sa vie entre le jeu de dés dans les tavernes et l'art de la poésie dans les cours. Papiol, reste au service du même seigneur et troubadour renommé, Bertran de Born. Raimbaut d'Aurenga revendique ce statut de musicien marginal lettré et s'enorgueillit du nom joglaresc de Linhaure.
Il semble que tout homme, qu'il soit de basse extrace ou de haut lignage, qu'il soit doué ou non pour le chant et les instruments, peut devenir joglar et «chanter, pour peu qu'il sache les «belles lettres, qu'on lui donne des chansons ou qu'on les lui mette en écriture.

Les biographies témoignent de divers degrés dans cet art. Celui qui «compose, qu'il soit enseigné par l'intermédiaire d'une «école, d'un maître ou en fréquentant une cour en vogue, n'en sera que plus respecté pour l'originalité de son trobar. S'il n'est pas un prince, il recevra présents et chevaux de son protectorat et deviendra peut-être un célèbre troubadour et fréquentera les cours royales à l'exemple de Peire Vidal.

Si, dans la première époque de la poésie courtoise, le problème de corporation ne se pose pas, troubadours et jongleurs partageant le même statut, il n'en va pas de même par la suite où l'on trouve des poètes pour reléguer les joglars en dernière classe. Au xiiie siècle, Aimeric de Pegulhan et Gausbert de Poicibot, tous deux anciens jongleurs devenus célèbres par la grâce de protecteurs, traitent leurs confrères et concurrents avec condescendance et grossièreté. Guiraut Riquier, avec un peu plus de tact, revendiquera un statut particulier de don doctor de trobar pour les troubadours qui ne doivent surtout pas être assimilés à des jongleurs. Quant au troubadour catalan, Raimon Vidal de Besalú, il écrit dans son ensenhamen de joglar, une argumentation morale qui doit être à la base de joglar. Mais, qui faisait encore la différence entre joglar et trobar à la fin du xiiie siècle, alors que la poésie courtoise était en pleine décadence et que les doctors de proensa, comme les nommaient Cerverí de Girona, n'intéressaient plus grand monde?
Trobar, c'est également chantar et violar. C'est faire preuve de qualités vocales – savoir filer des sons hauts et bas, bien exprimer une mélodie – et de virtuosité instrumentale à la manière de Perdigon ou de Pons de Capdolh. Mais si l'instrumentiste occupe une place de choix dans le métier de jongleur, l'art suprême c'est chantar. Chantar signifie à la fois « trouver  et interpréter, et désigne peut-être la capacité à savoir improviser spontanément en public des couplets rimés sur des thèmes originaux.
Les poèmes sont écrits pour être à la fois entendus et compris, et la voix joue le premier rôle. E saup ben trobar e cantar…, lit-on dans la très courte vida de Guilhem de Peiteus. L'art de « trouver  est associé à celui de chanter. C'est une constante dans les biographies, le chant porte la poésie de son auteur. Quand Gui d'Ussel doit abandonner son métier sur ordre du légat du pape : Adoncs lasset lo chantar e-l trobar, il doit se censurer : ne plus chanter ni écrire !
Giraut de Bornelh, maestre dels trobadors, chante le plaisir de trobar e chantar : E m'acompanh ab chantadors / e m'a dat solatz en trobar, «et je vais (je suis) accompagné de chanteurs et ça me donne du plaisir en trobar.»
Peire Vidal représente l'exemple parfait du troubadour accompli, en pleine possession de son métier d'artiste : E cantava melhs qu'ome del mon. E plus leu li avenia trobars que a nul ome del mon e fo aquels que plus rics sons fetz… «Il chantait mieux que personne au monde.Il trouvait plus facilement qu'aucun autre et c'est lui qui « composa » les plus belles mélodies.»

Un poème peut être écrit et composé avec motz e sons subtils, mais ne pas valoir grand chose s'il n'est pas bien chanté. Au contraire, le chanteur-acteur sait faire oublier la médiocrité ou la complexité d'un texte par le talent de son interprétaion, ainsi que l'exprime Raimon Vidal de Besalú (…1200-1252…) dans son traité de poétique et de grammaire, Razos de trobar : « Les auditeurs qui ne comprennent rien, quand ils écoutent un bon chant, feront semblant de bien le comprendre, alors qu'ils n'y comprendront rien… » Mais dans la société courtoise le public est bien élevé : Quant auziran un malvais trobador, per ensenhamen li lauzaran son chantar… «Quand ils écouteront un mauvais troubadour, par éducation ils loueront son chant…», témoigne Raimon, qui précise aussi dans son livre :
Per so car eu Raimons Vidals, ai vist e conegut que pauc d'omes sabon ni an saubuda la drecha maniera de trobar, volh eu far aquest libre per far coneisser e saber quals dels trobadors an melhs trobat et melhs ensenhat, ad aquels que-l volran aprenre com devon segre la drecha maniera de trobar. […] Totas gens cristianas, juzeuvas e sarazinas, emperador, princeps, rei, duc, comte, vescomte, comtor, valvassor, clergue, borgues, vilans, paucs et grans, meton totz jorns lor entendimen en trobar et en chantar, o qu'en volon trobar o qu'en volon entendre o qu'en volon dire qu'en volon auzir. […] Et tot li mal e-l ben del mon son mes en remembransa per trobadors. Et ja non trobares mot (ben) ni mal dig, poi[s] trobaires l'a mes en rima, que tot jorns [non sia] en remembransa, car trobars et chantars son movemens de totas galhardias.
Parce que moi, Raimon Vidal, j'ai vu et connu que peu d'hommes savent et ont su la droite (vraie) manière de « trouver , et moi je veux faire ce livre pour faire connaître et savoir lesquels parmi les troubadours ont mieux « trouvé  et mieux enseigné, et pour ceux qui voudront apprendre comment on doit suivre la bonne façon de « trouver . […] Tout le monde, chrétiens, juifs et Sarrasins, empereurs, princes, rois, ducs, comtes, vicomtes, comtors, vavasseurs, clercs, bourgeois, vilains, petits et grands, mettent toujours leur entendement en «trouver et «chanter, soit qu'ils veuillent «trouver, qu'ils veuillent comprendre, ou s'exprimer ou écouter. […] Et tout le mal et le bien du monde sont mis en notre mémoire par les troubadours. Et vous ne trouverez pas un bon mot ni une belle parole qu'un troubadour n'ait mis en rime, que jamais on ne l'oublie, car «trouver et «chanter sont mouvements de toutes gaillardises. [Audace et pétulance!] »
Gérard Zuchetto

TROUBADOURS ART ENSEMBLE -TROB’ART PRODUCTIONS